Nanar de l’au-delà: Les dents de la mort

JAWS OF DEATH (LES DENTS DE LA MORT)
États-Unis | 1976 | Réal.: William Grefe

C’est bien connu après chaque classique qui s’impose, une série d’ersatz tente de profiter de la vague. Lorsque JAWS sortit en 1975, Spielberg était loin de se douter qu’il donnerait son envol à ce que j’aime appeler la période Seafood du cinéma d’horreur. En effet, c’est ahurissant la quantité de films réalisés peu de temps après ce petit chef-d’œuvre qui mettaient en scène les habitants de la mer. On pense aux suites de JAWS (2 et 3-D), PIRANHA (1 et 2), BARRACUDA, KILLER FISH, ORCA, LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS, ALLIGATOR, THE LAST SHARK, TENTACLES, UP FROM THE  DEPTHS, et tant d’autres. Réalisé en 1976 par William Grefe,  LES DENTS DE LA MORT est un de ces nombreux efforts. Et il faut le dire, vraiment attendrissant de nullité. Richard Jaeckel surtout, l’acteur principal du film. Pendant 90 minutes on a comme une envie de le parrainer, de lui offrir du lait et de l’éducation.

Ceci dit ne vous méprenez pas, tous les films dont je parle ici je les aime sincèrement et ils font partie de mon best of personnel. Je tiens également à préciser que tous les films de cette chronique sont doublés en français. Par pure nostalgie.

Puisque c’est à Ciné-Quiz que j’ai vu ce film pour la première fois, j’aimerais rendre hommage à cette émission ainsi qu’à une autre, qui ont toutes deux tatoué ma jeunesse; Ciné-Quiz, qui diffusait du lundi au vendredi sur l’heure du dîner toutes sortes de films. Et I mean, toutes sortes de films. C’est hallucinant la crap qui a joué là. Et le Cinéma de cinq heures, qui diffusait les mêmes jours, mais à 17H00, une programmation constituée d’au moins 50% de films de genre, horreur et fantastique surtout. Mes premiers classiques, coups de cœur et films poches, c’est là que je les ai pour la plupart tous vus.

Revenons au film. Il faut savoir que LES DENTS DE LA MORT a une particularité non négligeable. On nous dit qu’il a été tourné parmi les requins, sans aucun filet de sécurité ni cage de protection. Étaient-ce des requins mangeurs d’hommes? Si c’est le cas c’est assez kamikaze quand même non ? Imaginez aujourd’hui le fun que vous auriez à trouver une compagnie d’assurance pour ce genre de projet…

Comme on s’en doute le scénario est invraisemblable et le défi d’en faire un bon film devait être de taille. Mais pour notre plus grand bonheur ça se plante solide et ce du début à la fin. Je reviens au jeu de Jaeckel, élément contribuant largement à la nullité du film. Il fait vraiment tout pour que son personnage passe pour un retard. Il a toujours cet espèce de regard de poisson et d’attitude infantile qui font qu’alors que je devrais penser au film, je me surprend plutôt à méditer s’il a des problèmes de dysfonctions érectiles ou envie de faire un numéro 2.

Le scénario pourrait se résumer à aussi simple que : Sonny aime les requins et les requins aiment Sonny.  Mais victime de sa naïveté  et/ou nullité mentale, ses protégés seront dispatchés dans un bar merdeux et un bassin réservé à des activités scientifiques. Sonny réalisera évidemment trop tard l’ampleur de la crosse et sa vengeance sera évidemment terrible.

Sinon çà ressemble à ça : Approché par un geek prénommé Whitney, un pro-requin extrémiste (Sonny) se voit contraint d’offrir un de ses requins à la science. Pour le convaincre, Whitney a un argument béton:

- Vous n’aurez surtout pas le droit de vous plaindre quand sortira la loi fédérale renforçant la lutte contre ces prédateurs de l’océan.

C’est donc sous ce prétexte absurde que Sonny cédera.

On le suit jusqu’au Rustic Inn. Un genre d’Aquarium du Sexe mais sans sexe, avec un décor extrêmement cheap. Comme seule attraction dans ce bled minable, Karen, une danseuse qui s’agite dans un aquarium, faisant ce qu’elle peut pour divertir les clients (triés avec un très douteux sens du casting). Arrive Barney, son mec, qui se trouve être aussi le boss de la place. Un genre de Tito Sanza d’environ 400 lbs qui fume des barreaux d’chaises. Un type hyper éloquent qui lance au barman en parlant de sa femme :

- Ah merde, t’as vu cette connerie? Avec les 9000$ que j’ai flanqué dans cette piscine elle pourrait maintenant faire autre chose. Peut-être qu’il faudrait qu’elle s’foute à poil?

Sonny quitte alors les lieux et récupère des sacs à poubelles dehors pour les mettre dans son truck. On ne saura jamais ce qu’il y a dedans. Petite parenthèse, le day for night ne fonctionne pas du tout ici (est-ce que ça déjà fonctionné?) et ajoute à l’incompréhension. On voit Karen se faire harceler par deux clients complétement saouls (incroyables que leurs rôles aient dépassé le stade de la figuration). Sonny intervient et met fin à l’altercation.

Ellipse ratée, on revient à Karen, pognée avec les mêmes morons mais à des km plus loin. Comment tout ça est arrivé don’t ask me. Sonny arrive encore à la rescousse et la scène de combat qui s’ensuit, ahurissante d’incohérences, atteint un sommet quand il fait une passe de battement d’ailes de papillons. Il faut le voir pour le croire! On ne peut que s’incliner devant tant d’inepties. On s’dit : « Coudonc, s’tu moi où…? ». Karen lui offre ensuite de le raccompagner et de soigner sa blessure (égratignure). Mais avant, Sonny doit s’arrêter chez lui pour s’occuper de ses requins.

Karen rencontre les requins et comme on s’en doute elle freak un max. Mettez-vous dans sa peau deux secondes. Le gars a des sacs à poubelles plein de on ne sait quoi et il lui lance:

- J’me suis mis en retard pour nourrir mes amis. Ça fait déjà longtemps qu’ils attendent. J’veux pas les décevoir.

Avoir été la fille je me serais sauvé à toute vitesse. Mais bon, elle reste. Elle remarque aussi le bijou (atroce) que Sonny porte au cou. Et là commence un de mes moments préférés, celui qui raconte comment Sonny a reçu le médaillon. C’est que Sonny a un don spécial. Il ne se fait pas attaquer par les requins. Jamais, never, mai. Pour lui prouver ses dires, il ouvre une trappe menant directement dans la mer (!) et va rejoindre les requins pour nager avec eux. La fille n’en revient pas. Et nous on se demande combien de temps il reste au film.

De retour chez elle, Karen raconte sa tentative de viol et sa rencontre avec Sonny. Barney ne montre aucun signe de compassion, et le sujet du viol raté passe rapidement à autre chose. C’est qu’il songe à pimenter le numéro de Karen. Il mettrait un requin de l’autre côté d’un plastique, donnant l’illusion que Karen nage avec lui. Et le requin serait stimulé par des électros pour les fins du show ce qui éventuellement sonnera le glas du gros Tito.

Pendant ce temps Sonny va voir Mathilda (nom d’un de ses requins) une dernière fois au lab. En quittant les lieux, il aperçoit un attroupement autour d’un type exposant fièrement un requin-marteau. Sonny est furieux et en l’apostrophant apprend que deux gars vendent des requins clandestinement. Déchaîné, il part en plongée retrouver ces deux pirates de la mer. Il les trouve immédiatement (wow !) et embarque sur leur bateau. Sonny harponne un des deux gars puis replonge pour attraper l’autre qui lui est sous l’eau. Jumpcut! On comprend rien mais le bateau fonce vers un quai, sans personne aux commandes, et le 2e gars hameçonné qui flotte à l’arrière. Intense.

Au Rustic Inn, Barney présente le tout nouveau numéro de Karen. Sonny est là et se rend compte de l’utilisation des électros. Il se précipite aussitôt sur Tito qui est aux commandes et tente de l’étrangler. Karen les surprend et essaie de les séparer (le show est fini?). Sonny quitte alors le bar en furie et saute dans son jeep pour s’en aller au labo. Whitney pogne de quoi en le voyant débarquer comme ça à l’improviste et se pousse illico. C’est à ce moment que Sonny réalise qu’il ne reverra jamais ses chondrichtyens. La vengeance commence! Il retrouve Whitney et le balance dans une piscine pleine de requins. Et de un!

On passe à Barney qui va faire trempette via son accès direct à la plage. Il fait nuit et ne voit pas que Sonny cisaille le filet devant les protéger des requins. On la voit venir, gros lunch en perspective. Et de deux! On a comme le feeling que Karen est next…

Comme de fait, Sonny retourne au Rustic Inn et sabote le plastique de la piscine. Résultat? Karen se fait scrouncher live devant les clients horrifiés qui se ruent vers la sortie. Et de trois! Notons que dans un ultime effort de sensibilisation Sonny crie à la foule hystérique :

- N’essayez pas de mettre leurs vies à prix ! Laissez-nous tranquille! Mais laissez-nous tranquille!

Pourchassé, il se précipite dans la mer et se fait tirer à bout portant à quelques reprises. Atteint au bras (aucune goutte de sang dans l’eau…) Sonny réussit à regagner sa piaule, suivit de près par des policiers dont il se débarrassera facilement. Il ouvre ensuite la trappe menant à la mer et s’adressant une dernière fois à ses requins, finit par se suicider en se jetant à l’eau (son don étant manifestement périmé). Je ne saurais mieux conclure le film que ce 3e rôle qui lance à son acolyte témoin du suicide :« Peut-être qu’il avait trop confiance en les requins et pas assez en les hommes? »

Je t’aime Les dents de la mort.

***

10 thoughts on “Nanar de l’au-delà: Les dents de la mort

  1. Et bien je n’aurais jamais pensé que ce film se serait fait un chemin jusqu’au numérique…

    Sur un site de dvd usagés il y a un bref synopsis du film qui dit et je cite:” A sadistic maniac raises killer sharks and trains them to kill on command.”

    Lol, c’est tellement pas ça l’histoire…wth?

  2. Sortie en France (chez Initial je crois) sous le titre “Mâchoires infernales”, le titre VO c’est “Mako : The Jaws of Death”, j’ai trouvé ça un peu chiant quand même et le doublage est une vraie calamité !

  3. Oui “Mâchoires infernales” est le titre français sortit chez-vous mais de ce côté-ci du globe ça été: Les dents de la mort :)

    Pour le reste, c’est un navet que j’affectionne particulièrement et le doublage je te l’accorde, c’est atroce, mais en ce qui me concerne ça ne fait qu’ajouter à ma cote d’amour ;-)

  4. J’ai vu ce film sur une vieille tv noir et blanc dans un restaurant Polynesien sur la Rive-sud wuand j’etait jeune. Si je me souvient bien, vers la fin il y a un gars pris dans un espece de cabanon avec une trappe au sol et sous celle-ci il y a de l’eau et par consequent des requins… Est-ce ce film?

    Dire qu’on l’avais chez Sukubus mais a la place je me suis tape l’autre film de requins, celui de Castelari avec Franco Nero, la musique etait particulierement genial. (Micallizi je crois).

    Cool review Izabel.

  5. Quand j’ai finit par le voir, je me suis rappelé qu’en commençant à travailler dans mon cinéma de quartier, le film avait joué quelques semaines, probablement en programme double, salle pleine le samedi soir. C’était avant l’arrivée de la vidéo et les gens qui ont décidé de lâcher ces samedis avec des films pourrits, ah ah ! Scénario avec motivations incompréhensibles des personnages et Mako qui préfère les requins aux femmes… Y a tout de même si je me rappelle bien la scène ou le scientifique a éventré le requin préféré de Mako, qui était enceinte, pour l’étudier, qui avait un certain impact.

  6. @ Mathieu – On parle du même film :) Mais le cabanon comme tu dis (j’avoue que c’est de ça que ça l’air), le gars est pas pris dedans, il vit dedans, lol. Merci du feedback.

    @ Mario – Ça joué en salle ça?! Wow….je suis sans mot.

  7. Pingback: Anonymous

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