Nanar* de l’au-delà: Le château des passions sanglantes

Note de la rédaction

Il y a quelques semaines, je recevais un message d’une personne que j’apprécie beaucoup pour son travail dans le milieu du cinéma de genre québécois. Suite à la parution d’une critique du MANOIR DE LA TERREUR, cette réalisatrice de courts-métrages trash et d’horreur me manifeste alors l’envie de contribuer au Sinistre Blogzine. C’est que, en plus d’être réalisatrice, Izabel Grondin est une redoutable spécialiste des nanars de l’horreur des années 60 à 80. Comment refuser pareille collaboration?

C’est donc pour nous un honneur d’accueillir Izabel aux rangs de l’équipe. Je suis convaincu qu’elle parviendra à vous transmettre sa passion pour ce type de films. Je crois que vous ferez d’abominables découvertes qui vous inciteront à rebrancher votre vieux magnétoscope ayant accumulé la poussière au sous-sol.

VHS rules!

Alexandre Duguay,
Rédacteur

***

*nanar: Mauvais film. Terme familier qui désigne un film tellement mal réalisé et ridicule qu’il en devient involontairement comique.

(source: Le petit Robert, Wikipedia)

LE CHÂTEAU DES PASSIONS SANGLANTES

Première critique pour Sinistre Blogzine! C’est que, de façon sporadique, je vais vous partager une perle du cinéma Z. Ceux et celles qui me connaissez savez tout l’amour que je porte au cinéma Eurotrash des années 60, 70 et 80. Donc ça tombe bien car c’est par une mouscaille rescapée des années 60 que ça démarre. Une mouture allemande re-baptisée en français LE CHÂTEAU DES PASSIONS SANGLANTES, et réalisée en 1968 par un certain Percy Parker (aka Adrian Hoven) qui fait aussi office de scénariste et de producteur. Et il faut absolument voir la version doublée en français! Pas seulement pour la médiocrité du doublage mais surtout, surtout, pour entendre les voix les plus “à chier” depuis les débuts du parlant.

Plusieurs acteurs notoires du cinéma bis européen se donnent la réplique dans ce bêtisier cinématographique. Parmi ceux-ci mentionnons Michel Lemoine, Janine Reynaud (créditée Elvira Berndorff) et Howard Vernon, qui malgré son statut de star du film mettra plus de 30 minutes avant de se montrer. Quand à Reynaud, émule des Pécas, Bénazéraf et autre Franco de ce monde, elle retrouve Lemoine à nouveau, eux qui ont joué ensemble dans plusieurs productions aux titres aussi évocateurs que LES CHIENNES, SADISTEROTICA et JE SUIS UNE NYMPHOMANE.

Et l’histoire dans tout ça? C’est que l’intrigue est tellement décousue qu’elle est difficile à résumer. Et ce n’est pas le montage qui aide je vous jure.

En gros ça se passe dans cet ordre. Vera (Reynaud) et le baron Vrak (Lemoine) s’emmerdent lors d’une soirée. Vrak proposera qu’ils aillent se faire voir ailleurs, soit, dans son chalet situé à une demi-heure à cheval. Jump cut, on passe à Vera à moitié à poil en train de se changer en compagnie de sa sœur Elena à qui elle propose de les rejoindre. Cette dernière est tellement emballée par la proposition qu’elle se fout à poil elle aussi. Ça démarre fort.

Sans qu’on comprenne quoi que ce soit, deux groupes se sont formés. D’un côté Vera, Roger (fiancé d’Elena), Marion (fiancée de Vrak) et Georges (son rôle demeurera un mystère jusqu’à la fin). De l’autre, Vrak et Elena, qui se sont poussés en douce.  Oui je sais il devait partir avec Vera, faut croire que les plans ont changé.

Ce sont Vrak et Elena qui arrivent en premier. Leur cavale se restreint en un long et désagréable plan sur les pattes des chevaux qui galopent. Wtf? Puis, on passe rapidement à l’intérieur du chalet où ils prennent un verre. Elena fait la taquine mais elle apprendra qu’on ne badine pas avec Vrak, oh que non!  Pas d’niaisage, il la déshabille et s’ensuit une des plus mauvaises, sinon la plus mauvaise scène de viol que j’ai vu à ce jour. Moi qui d’habitude ne peux supporter ce genre de scène. Non vraiment, c’est franchement ridicule. Lemoine! Allo?! Es-tu là?! Bon pour faire court ça se limite à un champs/contre-champs du visage d’Elena (stoïque) et du visage de Vrak (homard), tellement rouge qu’on dirait qu’il va explo. Il ne bouge pas, ne remue même pas, tout est dans son regard c’est…. c’est rien en fait. Ça marche pas, c’est ça le problème. Et qu’est-ce qu’on met pour dynamiser tout ça ? Encore un extrait des pattes des chevaux où là il faut comprendre que ça représente l’autre groupe qui n’a pas encore trouvé l’endroit. Mais bon ils finissent par arriver et ils se retrouvent tous à boire un verre.

Arrive une des meilleures scènes du film : le party poche dans le chalet. Remplie de perles mémorables dont ce moment où Vera grimpe sur la table pour danser. Il faut voir Marion et Roger se grouiller à retirer la nappe pour qu’elle ne se casse pas la gueule en faisant le tourniquet. Je l’avais braillé à l’époque.

Ceci dit, faute d’être divertissante, cette danse aura le mérite de démontrer que Janine Reynaud est assurément l’une des actrices les plus flexible et téméraire de sa génération. Une mention honorable aussi à la direction artistique du film. Les armoiries anciennes du chalet, en autres, sont d’un quétaine hallucinant. Tout comme les tableaux du château qu’on peine à nous faire croire qu’ils datent de trois siècles alors qu’on les croirait dessinés au crayon feutre. C’est vrai qu’à l’époque de Poussin c’était tendance.

Commence un racontage d’histoires complètement inintéressant. C’est Marion qui part le bal avec un truc à propos d’un certain Comte de Saxe et d’un ours qui rôderait dans la forêt. Est-ce qui a terrorisé Elena au point de se barrer à cheval? Nul ne le saura jamais et d’une certaine façon on s’en fout mais bon histoire oblige, Vrak et Roger partent à sa recherche. Ils aboutissent, je vous le donne en mille,  au château du comte de Saxe et y sont accueillis  par un majordome aux allures austères comme dans 98% des films bis où il y a un château ancien. J’aurais parié qu’il se serait appelé Igor mais non ici on révolutionne le mythe, le type se nomme Alekos. Plus exotique.

Puis le comte se présente enfin à eux. Il leur raconte l’histoire de son ancêtre, le comte de Saxe (je sais ils ont le même nom) responsable de la malédiction qui pèse sur sa famille et remontant à la guerre de trente ans. Sa fille Katarina aurait été attaquée et violée. Le comte étant médecin, il aurait tenté de lui redonner la vie. Soulignons un moment fort, celui où le comte saisit un cadre et se met à parler de sa propre fille pour finalement balancer:« Elle aussi fut attaquée et violée. Elle est morte il y a une heure. » …

À ce moment, sans qu’on y comprenne quoique ce soit, Georges et Marion arrivent (d’où sortent-ils?). Marion est complétement assommée, ils auraient vraisemblablement eu un accident. Le comte donne donc ordre d’aller coucher l’assommée dans une des chambres. Personne n’y aurait pensé…

Lunch time! Tout le monde est à table. Pendant de longues minutes Vera et Vrak se draguent (pas du tout) discrètement, elle en grignotant et léchant son pilon de poulet et lui, le visage plein de gras, simulant un cunnilingus avec un bout d’pain dans la bouche. Subtil et de toute beauté. La conversation qui accompagne cette scène a déjà été un de mes messages de répondeur :

- Comte : Amour, souffrance, mort.

- Roger : Très intéressant.

- Comte : Il n’y a rien d’intéressant en dehors de la mort jeune homme.

- Georges : Je suis d’un autre avis. La vie.

- Comte : La vie… et la mort. C’est la même chose… mais il y a aussi l’amour. L’amour créa la vie. L’amour a le droit de tuer. Mais celui qui tue par vengeance, sera puni. On va aller vous conduire à vos chambres.

Je vous fais trêve de la visite guidée du château et de la crèche cheap où on s’arrête pour raconter à nouveau l’histoire du viol de Katarina.

Dodo time! Notons que Vrak refuse de pieuter au château et décide de repartir (on peut comprendre). Un bref insert nous indique que pendant ce temps deux types cagoulés font une opération. Pas très clair, c’est soit du stock shot, soit  une poitrine de dinde qui a le parkinson. On voit aussi Alekos prendre Marion, toujours endormie, pour l’emmener dans une pièce secrète.

Vient ensuite l’interminable scène du rêve de Vera où on revoit toute l’histoire, encore la même oui. La plupart des acteurs du film sont dans le rêve, belle récupération. Vrak, Roger et Georges sont les méchants violeurs, Marion est la pauvre victime et Vera est la cruelle maîtresse de l’ancêtre qui regarde la scène en se caressant. Le tout entrecoupé de nos deux bouchers masqués qui gossent sur leur Flamingo pour lui placer un truc, ne me demandez pas c’est quoi je n’en ai aucune idée. Mais en finale du rêve une question surgit. Est-ce qu’un viol tue ? Parce qu’en dépit du fait qu’il n’y ait eu aucune violence à part l’acte sexuel en tant que tel, la pauvre ne se relèvera jamais et meurt le regard cross-side vers le ciel. On comprend juste pas. On était déjà complètement déroutés mais là on l’est comme plus

Vera se réveille alors en sursaut pendant qu’au même moment Roger se réveille pour aller fumer une cigarette. Il entre dans la chambre de Vera et là, dans un même souci de logique, scène de baise du film. En parallèle, Georges ne trouvant plus Marion dans sa chambre part à sa recherche. Y’a vraiment beaucoup de trucs en parallèle dans ce film.

On en avait presque oublié Vrak. Mais on revient à lui bien malgré nous. Cette fois il se fait agresser par un ours. « The » ours! Celui de la légende que Marion racontait au début. Bien sûr ce n’est pas un vrai, c’est un costume, et il se bat comme un humain mais bon, ça finit d’élever le film au statut de psychotronique. Vrak revient donc au château , le visage couvert de ketchup, ne pouvant que murmurer: « L’ours…l’ours… ». Ça adonne bien parce que tout le monde s’en allait de toute façon. C’est ce qu’on en déduit puisqu’ils sont tous rendus dans l’entrée du château alors que quelques minutes auparavant ça dormait, baisait ou cherchait… Ne cherchez pas à comprendre, j’ai essayé. Je pense que le monteur devait être saoul.

Le comte fait ensuite son apparition. Il est accompagné de Marion qui vient manifestement de découvrir Dieu.  En parallèle, Georges  remarque  la pièce secrète et trouve du coup la même Marion sur une table de chirurgie. Ta-tam! On se rend compte que ce n’est pas elle, même si elle lui ressemble terriblement (elle est surtout interprétée terriblement par la même Claudia Butenuth). Le comte révèle alors la véritable identité de celle qui prétend être Marion et lui retire sa perruque, dévoilant une longue chevelure blonde. Vrak est sous le choc et reconnaît… Katarina, la fille du comte. Ce dernier accuse aussitôt Vrak d’être le violeur et assassin de sa fille. S’ensuit un monologue vraiment pénible de Katarina qui distribue des fleurs à tout le monde. Oui je sais que ça ne fait aucun sens, mais je vous avais prévenu que ce film était très fort.

Là, on comprend plus trop pourquoi, parce que ça pas été de la tarte pour la ré-animer que déjà le comte la poignarde. Hein? Tout ce mal pour rien qu’on se dit. Mais bon il doit avoir ses raisons. Puis il poignarde Vrak. Là on se dit que c’est légitime. Depuis le début qu’on le souhaite de toute façon. Le comte se penche alors pour prendre le corps de sa fille. Précisons qu’il est hilarant de voir combien il a de la difficulté à monter les marches, pourquoi avoir tourné cette scène en plan séquence je l’ignore mais on jurerait qu’ils vont se planter avant d’atteindre la porte.  Et là encore incompréhension totale car on l’entend en voix off disant que rien ne le séparerait de sa fille mais c’est la voix de celui qui double Vrak qu’on entend. Toute mêlée, sérieux!

Enfin (!), nous assistons à la longue ascension du comte jusqu’au sommet de la tour du château où il se précipitera dans le vide avec sa fille. J’sais pas pourquoi mais on reste insensibles. En toute finale, cerise sur le sundae, on coupe sur un gars portant un masque de squelette quittant le château à dos de cheval. Ça se termine aussi ridicule que ça. Peut-être pour se racheter d’ailleurs qu’Hoven alloue un moment de compassion pour les handicapés visuels et nous offre en guise de générique une toune poche sur fond noir. C’est ça Le Château des passions sanglantes! Si vous êtes le moindrement nanarophile je ne saurais que trop vous le conseiller, dans mon top 10 à vie!

***

Le film est disponible à la location à La Boite Video dans la version française en VHS.
Vous pouvez vous procurer la version anglaise en copie DVD sur demande via Amazon.com

Le site officiel d’Izabel Grondin
Izabel sur YouTube

8 thoughts on “Nanar* de l’au-delà: Le château des passions sanglantes

  1. La critique de film Z par une spécialiste contribuera à donner un panel le plus large possible du cinéma d’horreur, c’est donc une excellente nouvelle.
    Je suis moi-même un grand admirateur de Mario Bava, qui a réalisé quelques perles !

  2. J’avait pas détesté, faut croire que je suis un peu plus indulgent ou que la vision de Janine Reynaud m’a fait oublier bien des choses ! La toune poche sur fond noir était un classique à l’époque, beaucoup de films italiens nous sont parvenus ainsi, comme si on avait pas voulu couper la musique mais qu’on a décidé de ne pas traduire le générique.

  3. Merci pour vos commentaires, c’est très apprécié. J’ai hâte de commencer la deuxième !

    @ Mario – Mais oui je sais pour les génériques absents, je faisais de l’ironie…;-) 80% des films que j’ai de ce genre n’ont pas de générique, ni au début, ni à la fin. J’en ai même un qui n’a pas de titre. Mais bon, ça contribue au style et ça leur donne un certain mystère, lol.

  4. Hé que c’est bon ! Je ne suis vraiment pas un amateur de films trash, mais là tu m’as vraiment eu. La description que tu en fais est vraiment accrochante… je n’ai pas compris toutes les références au genre à cause de ma connaissance… disons… assez médiocre du domaine, mais ça m’a presque donné le goût de regarder le film… juste pour rire… et en plus… quelle plume tu as !!!

    Bravo chère Izabel.

  5. J’ai moi meme acheté ce VHS il y a de nombreuses années, a une époque ou les films avec Janine Reynaud,disponibles sur le marché québecois,étaient quasi inexistants.
    C’est vrai que ce film est plutot mal batit, Hoven s’appliquera d’avantage dans ses films suivants,mais il y a quand meme dans ce chateau des sanglantes passions quelques scenes réussies qui fonctionnent indépendamment du reste et une atmosphere glauque qui mériterait d’etre remastérisée pour en restituer toute la qualité initiale.
    Le grand atout du film demeure néanmoins la présence de madame Reynaud,sorte d’hybride entre Amanda Lear et la chanteuse de Dee-lite, qui éclaire par sa seule beauté vénimeuse tous métrages ou elle apparait.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>