Nanar de l’au-delà : La revanche des mortes-vivantes

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES
Pierre B. Reinhard | France | 1987

Bande-annonce (montage exclusif par Izabel Grondin)

Je l’avoue, pour cette 3e chronique je me suis fait vraiment plaisir. Et je vais vous faire une confidence, même si je l’ai découvert sur le tard, un lien profond m’unit à cette crap inoubliable qu’est LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES (Reinhard, 1987, FRANCE). C’est un film que j’ai souvent revu, plus efficace que bien des comédies, pour peu je lui prêterais même des vertus thérapeutiques. Dans mon top 3 des meilleurs nanars à vie, c’est dire.

Il y a des années de ça, en 1990 je crois, je fouinais les tablettes bordéliques du club vidéo de mon quartier. Et pour utiliser l’image de l’huître dans laquelle on trouverait une perle, je tombe sur ça. Ça! S’t’affaire là : LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES. Pochette trash à souhait, tu la prends dans tes mains, la vires de tous les bords et pries de ne croiser personne que tu connais. Pour la petite histoire, il paraît qu’à la sortie du film l’affiche promotionnelle le présentait comme le premier film gore français ! Évidemment Pierre B. Reinhard (aka Peter Harsone) n’est pas le premier a avoir fricoté avec le genre (pensons à Rollin, Mulot) mais il est vrai qu’en terme de gore, ça va une coche plus loin que ses prédécesseurs.

Mais qu’est-ce qui vient chercher l’émotion cette fois-ci? L’absurdité totale de l’histoire. Sérieux, ça n’a tout simplement a-u-c-u-n bordel de sens! De tous les films que j’ai vu à ce jour (toutes catégories confondues), celui-ci peut facilement aspirer à monter sur le podium des récits les plus invraisemblables de l’histoire du cinéma. Rien de moins.

Bon d’abord un petit mot au réalisateur, un type qui a fait allègrement dans l’euro-porn des années 80 : « Cher monsieur Reinhard, manquait-il des pages au scénario ou encore des fuses au cerveau du scénariste et donc conséquemment du producteur? Parce que vraiment quand on arrive à la fin, on comprend que dalle. Comment vous dire… Sans vouloir être grossière ni heurter votre sensibilité d’artiste, on a comme le feeling qu’on s’est fait crosser monsieur Reinhard. »

Bon maintenant à vous qui n’avez jamais vu le film, je vais vous dévoiler le punch. Parce que de toute façon ça n’en est pas un. En fait, rendu au moment de vérité on reste carrément bouche bée: « Ah ben, c’tait ça finalement… Ah ouin?! » Et là on fait mentalement marche arrière. On repense à plein de scènes et c’est à ce moment que toute la magie du film opère. C’est là où LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES vient vous chercher droit au cœur. Tellement absurde qu’on hésite entre lapider le commis qui nous a laissé louer cette mélasse ou alors le serrer très fort dans nos bras pour nous avoir permis de vivre une expérience au-delà du tantrisme.

En quelques lignes l’histoire pourrait s’abréger à : un gars en moto déverse un liquide toxique dans un camion citerne transportant du lait. Trois filles (risibles) boivent ensuite de ce lait et meurent peu de temps après. Puis dès la nuit tombée, elles sortent de leur tombes pour se venger. Et là, watch out! S’ensuit une série de meurtres tous plus absurdes les uns que les autres, où on laisse planer le doute que l’usine chimique près du cimetière y serait pour quelque chose. En effet, chaque soir sous les ordres du directeur de l’établissement, un gars est payé pour y déverser des produits toxiques.

Un relevé de toutes les bourdes du film pourrait prendre facilement des heures, j’ai donc dû m’en tenir au strict minimum. Quelques perles en rafales tout de même, c’est plus fort que moi : le cris des chouettes qu’on croirait sur l’acide (d’où sort ce son?), quand à la fin la voiture brûle on voit clairement que c’est tourné en reverse, toutes les scènes de sexe (mal foutues et certainement tournées à toute vitesse), tous les plans tournés à l’intérieur où manifestement le directeur photo ne s’est contenté que de braquer un key light sur les acteurs, le casting au grand complet et enfin, tous les dialogues sans exceptions, jubilatoires de médiocrité. Pour vous donner une idée du texte, voici un extrait d’un monologue de Christian (le héros du film, soporifique) qui parle à sa femme (hors-champ) alors qu’il est debout devant le miroir de la chambre de bain.

- Je suis allé au cimetière. Ce sont elles qui ont tué Valérie. Les mêmes. Elle sont mortes. J’ai vu les mortes-vivantes ouvrir leurs tombes. J’ai vu le camionneur. Lui aussi est mort. Elles sont mortes. Elles veulent nous tuer tous. Ce sont elles.

On ferme les yeux et on est rendu chez Rollin.

Maintenant le hic, car il y en a tout un, c’est qu’à partir du moment où nous voyons les mortes-vivantes un doute affreux surgit. Les visages sont zombies mais tout le reste est normal (les corps sont à peine noircis) et une seule des trois filles a une main zombie (sans commentaires). Donc comme la trame est archinulle on s’amuse à spéculer qu’au fond c’est un build up et que les filles portent des masques (et un gant) dans un but ma foi très nébuleux.

Ben bordel c’est ça! C’est exactement ça!

Donc ok, les filles au fond ne sont pas mortes et s’improvisent justicières masquées, suivant le plan machiavélique de la secrétaire (une genre de louve des SS du pauvre) du directeur de l’usine. Mais encore là, si elles sont des justicières pourquoi perdre du temps avec des quidams ? Il y a même un moment où nos trois périmées volent un char pour se pousser avec une professionnelle de la santé (lire prostituée) se trouvant à bord. Rendues ailleurs (où?) elles la bâillonnent, la tripotent un peu puis hyper gratuit, l’une d’elle se saisit d’une épée pour lui enfoncer dans le sexe. On était pas préparé à ça…

Bon, je veux bien gober ce paravent sauf que, what about toute l’intrigue du liquide toxique déversé, what about le dude à moto, what about le monde qui ont vu mourir les filles, what about les médecins qui ont attestés leurs décès et tous ceux qui étaient à leurs funérailles, what about que les filles dorment dans leurs tombes, what about la secrétaire qui fait chanter son patron, what about la vidéo porno qu’elle tourne à son insu, what about Christian qui a la main infectée par les produits chimiques, what about sa femme enceinte dont le fœtus se liquéfie sous la douche au contact du produit, what about tout le putain d’film finalement !

Et comme on se dit ça, la production nous flanque un copié-collé d’un carton apparaissant à la toute fin du célébrissime film (et un de mes préférés à vie) LES DIABOLIQUESd’Henri-Georges Clouzot :

Ne soyez pas démoniaques. Ne détruisez pas pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu. Merci pour eux.

Seule différence est que dans le film de Clouzot on utilise le mot diaboliques plutôt que démoniaques. Oui évidemment c’est pas clair si c’est de l’ironie ou s’ils se croyaient bien malins et pensaient que personne ne s’en rendrait compte, Après tout LES DIABOLIQUES a été réalisé il y a plus de cinquante ans.

Pour revenir au film, une rumeur circule à l’effet qu’une fin alternative existerait. Cela donnerait peut-être une cohérence au récit, contrairement à la variante commerciale. Ceci dit, LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES est un des rares films de série Z qui aura eu le privilège de passer au numérique. Une version DVD avec la bande française en bonus audio est disponible dans certains clubs répertoires, sinon sur Amazon et ebay.

Un must see donc, à mettre dans un party qui ne lève pas (ou qui lève trop), ou juste pour le plaisir coupable de savourer un des plus mauvais films de la période post-eurotrash.

Une cote d’amour de 10/10!

Visionnez la bande-annonce

14 thoughts on “Nanar de l’au-delà : La revanche des mortes-vivantes

  1. Ce film là est malade, c’est tellement mauvais et divertissant en même temps…

    ah les belles vieilles pochettes de Propulsion et Vidéoglobe

    à quand

    L’Incroyable homme qui fond?
    La Vengeance de Jennifer?
    Les Raisins de la Mort?

  2. @ Martin: Si jamais tu as la chance de voir ce film je ne serais que trop te le conseiller ;-)

    @ Jérémie: Très divertissant oui, lol. Merci pour les suggestions j’en prend bonne note, quoique La vengeance de Jennifer, même si ça vole plutôt bas, je ne le mettrais pas dans la catégorie “film Z”.

  3. Salut Izabel,

    je vais fouiller dans ma pile en fin de semaine et je t’envoie d’autres suggestions!!! C’est drôle de te parler ici, jadis tu es venue me voir au Série B avec ton DVD, mais j’étais absent cette journée-là et tu as parlé avec mon partner de l’époque. On s’est donc manqué de peu…

    Je dis ça parce que les nanars me rappellent mon inventaire de cassettes de l’époque…

    Continue de nous faire découvrir de merveilleux classiques!

  4. j’ai vu ce film quand c’est sorti dans les clubs vidéo. j’ai bien aimé le film avec sa fin spécial. j’ai encore ma copie de ce film dans mes milliers de films dans ma chambre au horreur.

  5. Le punch deviné depuis le début, arrrghhh ! Oui j’ai la cassette vhs originale, mais malheureusemebnt pas la pochette qui s’ouvrait comme une fenêtre pour laisser voir les filles mortes vivantes au lieu de leur yeux… Jamais osé le revoir, je vais peut-être me laisser tenter à nouveau.Si je me rappelle bien le regretté Benoit Lestang était responsable des masques…

  6. @Jérémie – Small small world… Et tes suggestions sont le bienvenues! Merci de tes encouragements ;-)

    @ André – Tu as trouvé la fin spéciale? Voilà qui est fort généreux de ta part, moi je la trouve surtout spatiale…

    @ Mario – Moi j’avais la pochette avec la fenêtre qui s’ouvre mais ma copie étant ultra usagée elle était déjà pratiquement arrachée…lol. Oui en effet les FX (le terme est gros ici) sont de Lestang.

    Tu devrais « oser le revoir » comme tu dis, çà va vraiment très loin. Et les dialogues, que dire sinon qu’ils sont géniaux! Un de mes meilleurs messages de répondeur provenait de ce film, je te le met ici:

    - Louve des SS du pauvre: Tu n’es pas très poli Christian. N’oublies pas que je suis sa secrétaire. Et toi tu n’es rien, sinon l’amant de sa femme.

    - Christian : Continues! Parles plus fort. Tout le monde entendra, c’est ce que tu veux?

    - Louve des SS du pauvre : Je ne veux plaire qu’à toi Casanova

    - Christian : Mais elle est folle…Qu’est-ce que tu fou à moitié à poil? Y a beaucoup de gens qui t’ont vu faire prendre l’air à tes nibards. Ou on t’a embauché pour faire des heures supp. chez Playtex?

    *******

    C’est pas beau ça?

    Tiens un autre, je suis en forme. Christian (atroce) qui se dirige vers sa maîtresse :

    - Christian: Notre nuit de noces. N’ais pas peur mon amour. La première fois c’est délicat. Et je te promet des milliers de baisers. Des milliers de nuits avec moi. Ne dis rien. Ne dis rien, ne bouge pas.Tu vas frémir sous mes caresses. Sois patiente. La blancheur de ta robe virginale verra le triomphe de mon amour. Cette nuit, je t’appartiendrai.

    ******

    Émouvant.

  7. Je travaille au Video centre-ville à Québec et on possède une copie du film en DVD. Je vais me le procurer sous peu et je vous en reparle ici même :)

  8. Bravo ma belle Izabel. Je trouve le récit intéressant et très bien raconté et résumé. Très bonne ambiance et agréable à lire.

    Brava ma belle pomme. Ta mère.

  9. Quelle critique formidable qui met en appétit ! Mademoiselle Grondin, votre plume est délirante. Et chapeau pour la photo de la zombie à poil à l’allure überdéprimée ! J’ai hâte d’avoir l’occasion de voir ce petit bijou de navet.

  10. Très interessante chronique.

    Mais je ne sais pas si vous le savez mais cette jaquette vidéo de Prolusion est selon moi l’unique présence de Prolusion sur le net. Et je me disais qu’il serait trés cool si quelqu’un pourrait scanner la jaquette dans un grand format et enregister l’ouverture vidéo de la cie sur youtube ! Puisque je me dis qu’il faut quand même préserver ça !

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