Contamination

CONTAMINATION (NIGHTMARE CITY)
Italie, Mexique, Espagne | 1980 | Umberto Lenzi

Les italiens sont les kings! Leur signature est partout: architecture, bouffe, vin, peinture, opéra, mode et… cinéma. Si on s’attarde à leur contribution au cinéma d’horreur, force est d’admettre qu’ils ont littéralement stigmatisé le genre. Faute d’avoir les mêmes budgets et moyens techniques que les Amerloques, les italiens ont su néanmoins s’imposer avec un traitement de l’image, du son, et de l’atmosphère qui leur est propre. Mais comme pour tous grands génies, ils sont capables du meilleur comme du pire. Et donc pour chaque grand maître italien (Bava (père), Argento, Fulci, parmi les plus connus) on compte une poignée d’éternels apprentis (Mattei, Martino, Bianchi, Cozzi, la liste serait longue).

Peut-on vraiment parler d’apprenti avec le réalisateur de CONTAMINATION? Avec plus d’une soixantaine de films à son actif, Umberto Lenzi est ce qu’on peut appeler un touche-à-tout! Un vrai de vrai. Non seulement est-il un pionnier du film de cannibale (on lui doit les notoires CANNIBAL FEROX et EATEN ALIVE), mais Lenzi a littéralement frenché avec tout ce qui bouge dans le genre: vampire, zombie, giallo, péplum, aventure, action, western et même Zorro et Robin Hood! Je me sens donc un peu mal à l’aise de le basher, veux veux pas, le type impose le respect. Mais bon… allons-y tout de même d’un petit bashing affectueux.

Je vous disais dans mon premier article que les films cuisinés ici seraient des versions françaises. Pour le doublage bien sûr, mais aussi pour les erreurs de traduction, les erreurs de synchro, les mauvais choix de voix et tous les malentendus que cela peut entraîner au niveau du générique et de la pochette. Par exemple il n’était pas rare à cette époque de voir un film dont le titre français sur la pochette différait de celui du générique. Dans ce cas-ci CONTAMINATION est titré LA CITÉ DE LA PEUR. Toujours un peu mélangeant quand même, combien de fois ça m’est arrivé de louer un film et me demander si je ne m’étais pas trompée une fois le générique commencé?

L’histoire est ultra simple et dire qu’ils étaient trois pour l’écrire : Un avion non-identifié bourré de zombies atterrit. Une fois l’avion posé les zombies se mettent à attaquer les civils. Un journaliste témoin de l’attaque (Stiglitz, attachant et barbu) parvient à s’enfuir à la station où il travaille pour alerter les autorités. Son geste est aussitôt freiné par son patron qui ne veut rien savoir. L’armée donne ordre de ne pas affoler la population. Sauf que l’épidémie devient rapidement incontrôlable et les zombies envahissent la ville, se propageant à la vitesse de l’éclair. L’apocalypse est commencé. La station est prise d’assaut et Miller se sauve vers l’hôpital pour aller chercher sa femme qui y travaille (Trotter, correcte), espérant qu’il ne soit pas trop tard. Les zombies envahissent ensuite l’hôpital, ça niaise pas, et tout le monde y passe. Sauf la femme de Miller. Le reste de l’histoire se réduit principalement à eux, rares survivants de cette épidémie, qui tentent par tous les moyens de sauver leur peau. On alterne tout ça avec l’armée (Rabal et Ferrer, bof…) qui échoue lamentablement à essayer de contrôler la situation. Je vous spoil la fin, tout ça n’était qu’un mauvais rêve de Miller! Sauf que lorsqu’il se rend ensuite pour son entrevue à l’aéroport, surprise, the nightmare is real

Plein de moments jubilatoires dans ce classique du film de zombies spaghetti, comme l’émission de danse. Et elle dure un max c’est ça le pire, quel gaspillage de peloche… La chorégraphie est hilarante et tellement amateure que même une vénérable mémé pourrait arriver à la faire sans problème. Alors on est super contents quand les zombies débarquent sur le plateau et les shlash en direct toute la gang, enfin il se passe quelque chose!

Comme pour toute bonne crap qui se respecte, beaucoup de lacunes dans le découpage des scènes d’action. Et il y en a de l’action, faut donner ça au film, beaucoup de casse et de sang! Certains moments sont parfois saisissants, du gore assez bien foutu, mention à la scène d’arrachage d’œil, ma foi fort bien réussi. Mais sinon ça se limite pas mal à des tapoches sur la gueule et des cues mal synchronisés.

On se demande toujours comment le gars peut tomber alors qu’on voit clairement que le poing ne l’a pas touché ou alors des lames de couteaux qui ne coupent pas mais qui laissent une ligne de sang cheap rouge clair. Ou pire, le sang est déjà là et le couteau passe après… Toujours très cohérent. Mes deux coups de cœur vont toutefois à Miller qui lance une télé sur deux zombies, créant une explosion monstre (!), logique, ainsi que la scène où, coincé avec sa femme dans une station service, il lance un cocktail molotov sur une voiture entourée de zombies. Si on fige l’image à temps, on voit à quel point on s’est donné la peine ici. Un bonhomme silhouette en carton grandeur nature en background, un mannequin atroce flanqué devant le char et une paire de jambes qui pendouillent du coffre arrière.

Au niveau des dialogues, bien des perles dans cette magnifique version française. Mon extrait préféré est l’échange entre le Major Holmes et sa femme. Alors qu’ils sont en train de se caresser, le Major est appelé pour une urgence. Comme il s’en va, il jette un coup d’œil à une des statues de sa femme (elle fait des sculptures morbides). Je rappelle que le Major est demandé de toute urgence, il y a une alerte générale.

- Major : Excuse-moi ma chérie. Nous finirons cette petite conversation plus tard.

- Femme : Qu’est-ce que tu as ? Tu trouves ça laid?

- Major : Non au contraire, mais chaque fois que je regarde j’ai une impression de….

- Femme : Souffrance? C’est ça je crois que tu avais envie d’dire.

- Major : C’est vrai. Vois-tu, c’est la première fois qu’une de tes sculptures me donne comme une impression d’angoisse. C’est bizarre, mais c’est comme ça.

- Femme : Je crains que tu aies raison. Quand j’la regarde d’une façon objective… oui quand je ne suis plus en train de la modeler, j’ai presque la sensation, que rien n’est sorti de mes mains… mais des mains d’un autre être. Qui est plus fort que moi!

- Major : Tout ça ma chérie c’est d’la science-fiction.

- Femme : Métaphysique je préfère. Si tu veux bien, on en reparlera quand on aura le temps. Si tu veux, j’la détruis.

- Major : Non, tu n’en feras rien. Imagine tout ce que le monde aurait perdu si Michel-Ange avait détruit toutes les œuvres qui auraient déplu au Major Warrren Holmes.

- Femme : Oui mais je ne suis pas Michel-Ange.

- Major : Pour moi chérie, tu es beaucoup plus que ça.

***

C’est pas beau ça?!

Ou encore ce jouissif échange entre le général Murchison et le colonel Donald alors qu’ils sont regroupés autour du cadavre d’un zombie.

- Général : … l’autopsie est catégorique, ces gens sont… des terrestres, des êtres humains. Les molécules et leurs structures sont certainement humaines. Un paradoxe pour qui a vu ce qu’ils savent faire. À vous la parole colonel.

- Colonel : Colonel Fred Donald de l’Institut pour les radiations atomiques. J’ai examiné différents échantillons prélevés tous sur ce cadavre. Tous ces échantillons présentent un taux de radio-activité de beaucoup supérieur à la moyenne, de ce qu’un homme peut supporter normalement. Nous avons également remarqué des traces de régénération ou de transformation plus ou moins récente dans leurs organisations cellulaires.

- Général : Expliquez ça en terme courant colonel. Vos collègues ne sont pas encore habitués à ces matières techniques très particulières.

***

Ringard au possible, j’adore.

Dans la version anglaise sortie en DVD (gracieuseté Anchor Bay) on nous finit ça avec un retour sur la scène initiale, des zombies qui débarquent d’un avion puis, freeze frame, ce n’était pas encore cliché à l’époque. Malheureusement dans la version française VHS le freeze frame ne dure pas et on coupe à : Et le cauchemar devient réalité…

Quand je pense à CONTAMINATION j’ai en tête ce refrain d’À la claire fontaine: Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai.

Ciquez ici pour voir la bande-annonce

5 thoughts on “Contamination

  1. Je ne suis pas sûre qui est le plus stoïque entre lui et Rabal…

    Sinon, tous films d’horreur confondus, il ne déloge pas Lemoine ou pire, celui qui jouait le rôle du chimiste dans La revanche des mortes-vivantes. Un beau massacre selon moi.

  2. Magnifique, ça fait des années que je cherche le titre de ce films que j’ai vu quand j’étais gosse et qui m’a foutu les chocottes mdr.
    La seule choses dont je me rappelais, c’est que c’était un film de zombien, que le début se passait par un avion qui atterissais et une équipe de jounaliste qui allaient se retrouver en proie aux zombies. Enfin, la dernière scène du film, identique au début ou ça se termine par un écran noir ou il est écrit “le cauchemard devien réalité”.

    Je pense que ce films m’a terrifié à cause de cette fin, à l’époque pour matter un film d’horreur, je me disait que c’était qu’une histoire, et que c’était pas vrai.
    Avec sa conclusion à la con, cette théorie du films fictifs s’est ébranlée: “et si un jour y’avait vraiment des zombies? … finalement freddy, c’est tiré d’un histoire vraie ou pas???….”

    Ha lalala, l’innocence de la jeunesse :D
    Allez je vais partir à la recherche de ce film maintenant que j’ai le titre, au final ça ressemble plus à un nanard ce film qui m’a tériifié lol. Merci pour l’article

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